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L’affaire Ward

Le Houblon Philozique se penche aujourd’hui sur une question délicate, soit la liberté d’expression artistique. Ces jours-ci, un cas meuble l’actualité. Un humoriste connu se retrouve en cour pour se défendre d’une accusation qui pèse contre lui. Son crime potentiel? Être allé trop loin dans son humour. Ses blagues auraient blessé, vexé et humilié Jérémy Gabriel, mieux connu sous le surnom du Petit Jérémy à l’époque où il chantait publiquement (visite du pape, hymne national au hockey, en compagnie de Céline Dion, etc.) Plusieurs questions se posent ici, nous en ciblerons quatre parmi celles-ci. Au nom de la liberté d’expression, peut-on rire de n’importe quoi? Y a-t-il une limite à ne pas franchir en humour; si oui, où se situe-t-elle? Si l’on accepte d’être une personnalité publique, doit-on accepter l’envers moins plaisant de la médaille? Et finalement, si un humoriste est reconnu coupable de quoi que ce soit en lien avec son humour, quelle serait la sentence la plus appropriée dans une telle situation?

L’auteur de ces lignes pense surtout que Mike Ward est coupable de mauvais goût dans cette histoire. Et comme le magazine Croc l’a déjà écrit, ce n’est pas parce qu’on rit que c’est drôle! Oui, plusieurs personnes ont effectivement ri lorsqu’elles ont entendu ces blagues, mais la plupart ont ri sans nécessairement « rire » de Jérémy Gabriel, sans penser que l’homme derrière l’humoriste se moquait méchamment du vrai garçon derrière le Petit Jérémy public. Certains diront que Mike Ward est alors coupable de mauvais jugement, ce qui est une autre possibilité, un peu plus sévère que la question de goût; mais encore, est-ce criminel? Peut-on recevoir une peine quelconque pour avoir simplement manqué de goût ou de jugement selon les uns ou les autres? Sérieusement, les notions de goût et de jugement sont très variables selon les points de vue et ça risque de rapidement devenir difficile de trancher rendu là. J’aime ou j’aime pas, là ne doit pas être le débat. Le juge devra donc déterminer si la ligne du « socialement acceptable » a été franchie et quelles doivent être les conséquences si tel est le cas. En attendant le jugement des instances judiciaires, quoi de mieux que de sonder l’opinion publique à propos de l’affaire Ward-Jérémy? Quatre invités spéciaux ont accepté de répondre à nos questions du départ, voici leurs réponses.

colombe

Au nom de la liberté d’expression, peut-on rire de n’importe quoi? 

Me  Dubois: Je crois qu’un humoriste peut se permettre de rire de n’importe qui et de n’importe quoi à la base. Bien sûr, il y a des sujets plus faciles que d’autres, mais je n’ai jamais vu ici une loi qui empêche quiconque de faire une blague à propos de ceci ou de cela spécifiquement. Par contre, la manière de la raconter est une chose, la façon dont elle est reçue en est une autre. C’est là où réside le problème actuellement. Rire d’un personnage public est souvent correct, rire d’une personne avec un handicap l’est pas mal moins, surtout si on cible son handicap dans la blague. Si on se sert de l’humour pour décrier une situation ou pour faire réagir positivement, pas de problème! Mais si c’est pour assommer davantage avec un punch trop croustillant, on a un pépin potentiel. Jérémy est une personne à la fois publique et handicapée, la ligne est mince entre l’acceptable et la dérape. Et comme le sujet lui-même se sent humilié, cette limite est peut-être franchie…

Y a-t-il une limite justement à ne pas franchir en humour; si oui, où se situe-t-elle?

Me  Riobitaille: Il y a sans doute une limite, mais elle ne doit pas être imposée par les gens à l’épiderme trop fragile! Je ne blâme pas Jérémy ici, mais avouez que le seuil de tolérance n’est pas le même pour chaque personne… Ceci étant dit, je n’ai pas vraiment d’objections à ce que les humoristes passent dans le tordeur car je ne les aime pas. Ils jouent à la rock star et se prennent pour des presque dieux. Ce ne sont même pas des artistes de troisième catégorie! D’ailleurs, si les humoristes avaient du guts et du jugement, ils riraient de leur public majoritairement constitué de purs abrutis sans culture et sans esprit critique, pas du pauvre Jérémy…

Si l’on accepte d’être une personnalité publique, doit-on accepter l’envers moins plaisant de la médaille?

Me  L’Ego: Tout à fait, aucune pitié pour les personnalités publiques qui se plaignent quand ça va moins bien ou moins à leur goût. L’anonymat était une option pour ces gens avant leur grand plongeon, hein? Bon, j’avoue que rire d’un handicap est plutôt délicat, je ne jugerai donc pas Jérémy, mais les autres, vous devez vivre avec les inconvénients de votre décision, pas juste avec les beaux côtés. Ça me fait penser aux directeurs d’école (je n’ai jamais enseigné mais j’ai fréquenté plusieurs enseignantes) qui aiment se faire plaindre tout en reprochant mille trucs aux profs; pourquoi ont-ils décidé de quitter ce supposé travail aux conditions de rêve pour aller se mettre dans une si « pénible » position? Snif snif mon cul, vous avez ce que vous méritez bande de minables!

Et finalement, si un humoriste est reconnu coupable de quoi que ce soit en lien avec son humour, quelle serait la sentence la plus appropriée dans une telle situation?

Me  Poustyka: Come on, cessez d’attaquer les humoristes! Laissez les libres penseurs de notre société s’exprimer. De véritables artistes, de puissants orateurs, de modernes philosophes; une chance qu’ils sont là! D’ailleurs, grâce à eux, je peux sortir avec une femme et la faire rire sans avoir à m’exprimer! Une bénédiction!!! Une sentence pour quelques blagues un peu maladroites? Bah, s’il le faut, mettons des excuses publiques et une série de spectacles gratuits pour se faire pardonner. J’en prends une paire tout de suite et j’invite Cat pour m’accompagner…

Merci Mes  Dubois, Riobitaille, L’Ego et Poustyka pour vos réponses plutôt éclairantes…

Me  Riobitaille: Ça fait plaisir, mais je ne peux croire que Me  Poustyka aime vraiment les humoristes à ce point. J’ai toujours cru que ce n’était qu’une blague pour me provoquer…

Me  L’Ego: Me  Riobitaille, il n’y a pas que votre conception personnelle de l’art qui est valable! D’ailleurs, je considère que Jérémy est un plus grand artiste que vous…

Me  Dubois: Messieurs, calmez-vous, ça sent le dérapage à plein nez. Qui êtes-vous pour juger? Dieu nous a tous créés égaux, mais l’homme a créé l’injustice…

Me  Poustyka: Me  Roosshima, euh… Roos, remplis vite mon verre avant que j’en assomme un! Je ne peux croire que personne ne condamne les vrais coupables, ceux qui ont personnellement écoeuré ce Jérémy à l’école, dans la rue ou sur le Net cachés sous une fausse identité. Eux autres mériteraient de se faire prendre et de payer pour les torts qu’ils ont commis!

Bon point Me  Poustyka, on y reviendra peut-être un de ces jours…

Et vous, qu’en pensez-vous?

2 réponses sur « L’affaire Ward »

Mais qui sont ces quatre avocats ridicules? Même si leurs propos ont parfois du sens.

Qui peut défendre les humoristes qui choisissent consciemment d’aller trop loin?

Qui se permet d’insulter un handicapé parce qu’un humoriste a osé un gag douteux?

Dans quelle sorte de société vivons-nous?

Je comprends votre démarche mi-sérieuse/mi-ridicule Houblon Philozique, mais vos lecteurs la saisissent-elle? Heureusement, je n’ai pas encore lu ici de commentaires disgracieux comme il en pleut sur les réseaux sociaux depuis quelques jours. Les « pro-Ward » massacrent le fameux Jérémy alors que les « pro-Jérémy » diabolisent l’humoriste et le condamnent au bûcher. Peut-on seulement réfléchir collectivement sans s’insulter ou sans aller à l’extrême? Ward est peut-être allé trop loin et Jérémy frappe peut-être sur la mauvaise cible: et si on ciblait les imbéciles qui se servent de tout et de rien pour attaquer les gens vulnérables comme Jérémy?

Le but de ce commentaire n’est pas de défendre Ward ou les humoristes. À force de jouer avec le feu, ils doivent s’attendre à se brûler de temps en temps. Mais entre remettre en question la liberté d’expression et remettre à leur place des individus méchants et intimidateurs (ceux qui ont réellement écoeuré, blessé et menacé les Jérémy de ce monde), il y a un méchant fossé!

À bon entendeur…

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En effet, cher justicier, personne ne devrait chercher à défendre Ward pour ses blagues; il est capable de le faire lui-même! La liberté d’expression est une chose, la pertinence en est une autre. Si quelqu’un est en désaccord avec l’émetteur d’un propos, il possède la même liberté pour répliquer. Là où ça fait dur, c’est quand ça dérape plus loin, comme dans le cas de ceux qui ont, comme vous l’avez si bien écrit, écoeuré, blessé ou menacé quelqu’un…

Mes quatre avocats ridicules? Sympathiques je dirais!

Au plaisir d’échanger à nouveau!

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