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We will bill You

T’as déjà roulé sur la Interstate 90, lecteur voyageur? Un long ver de terre de presque 5000 km (4862 pour être précis) si tu regardes une carte routière des USA, la plus grande de ce pays d’ailleurs. Plusieurs de ces km ne sont pas très intéressants et ce n’est pas parce que plusieurs tronçons sont payants qu’ils sont extraordinaires, loin de là. Pour ce périple, c’est en sortant de la 81 près de Syracuse que j’ai commencé à emprunter cette autoroute. Donc quelques heures lors de la première journée, plusieurs lors de la deuxième et un brin pour arriver à Chicago le lendemain. J’avoue ne l’avoir jamais roulée de Chicago à Seattle, mais du côté est, c’est tout le contraire. Elle termine son chemin à Boston et je connais à peu près tous ses secrets à l’est de Chicago.

Ce matin, départ de Buffalo, passage en Pennsylvannie puis promenade à Cleveland en Ohio. Ensuite il y a l’Indiana qui n’en finit plus. Toujours sur cette I90 qui te rappelle plus que régulièrement que tu recevras une facture par la poste, car il n’y a plus cette possibilité de payer avec de l’argent à certains postes prévus à cet effet. On te conseille fortement d’appeler à un numéro de téléphone ou de visiter leur site Internet afin d’éviter des frais additionnels. Il y a aussi la possibilité de se procurer un merveilleux transpondeur qui fait magiquement lever les barrières et qui accumule les montants sur ton compte E-Z Pass. Là, j’essaie surtout pas de faire de la publicité pour ces rats, mais j’essaie de t’expliquer ma propre situation et pourquoi Cam se paie ma gueule depuis hier.

Vois-tu, comme nous ne reviendrons pas à la maison avant pratiquement un mois, j’en ai déduit que j’étais mieux servi si je m’achetais un foutu transpondeur en chemin, ce que j’ai fait entre Syracuse et Buffalo. Petit hic, ça fonctionne 24 heures après l’activation du dossier en ligne, chose exécutée en fin de soirée de la chambre à Buffalo. Donc en cette deuxième journée de route, j’ai beau être le privilégié propriétaire d’un transpondeur à 25$, celui-ci ne me sert encore à rien! Pire, m’étant un peu trompé en entrant mes données sur le zéro convivial site de Zizipass (mauvaise foi, j’assume), je me suis commandé un deuxième transpondeur qui me sera livré à domicile dans les prochains jours; quelle joie! Me voici plus pauvre de 50$ avec un deuxième bidule prochainement qui ne me servira à crissement rien!

Non seulement Cam se paie ma tête avec ma gaffe, elle rigole à chaque fois que je dois attendre en maugréant pour passer dans un corridor achalandé réservé aux pauvres démunis qui ne possèdent pas la merde électronique collée au pare-brise. Mais le comble est survenu à l’approche d’une autre affiche semi-menaçante: WE WILL BILL YOU. Une voix que je n’avais jamais entendue, du moins dans cette version, s’est exclamée WE WILL / WE WILL / BILL YOU! sur l’air du tube de Queen. Lorsque j’ai tourné la tête en direction de Cam, j’ai aperçu cet insignifiant petit ourson de peluche, molletonné à souhait, vêtu d’une veste déchirée. Elle venait de faire parler son ourson avec une voix grave… comme le faisait sa mère au début des années 2000. Ça s’attrape cette maladie? Faut croire que oui.

-Ne me dis pas que c’est Cooky? (Je connaissais évidemment la réponse)

-Oh, tu te souviens de lui? Ma mère serait contente d’entendre ça!

-Donc tu me parleras de ta mère aujourd’hui?

-Qu’est-ce que tu veux savoir?

-Je sais pas, t’as sorti cet ourson de ta poche, tu lui a prêté une voix un peu comme ta mère aimait le faire, tu savais que j’aurais une réaction…

-Je voulais surtout rigoler, il m’amuse cet ourson. Il m’aide à dédramatiser plein de trucs et je m’en sers pour passer des commentaires.

-Comme ta mère…

-Ça t’embête?

-Non, non, c’est correct. Je suis juste surpris. Je ne m’y attendais pas du tout. C’est même drôle en fait.

Et c’est ainsi que j’ai eu droit à quelques répliques au cours de la journée de cet ourson que je n’avais pas vu depuis une quinzaine d’années sinon plus. Je n’ai pas saisi la balle au bond pour poser quelques questions à propos de sa mère et ça me peine un peu. Remarque, lecteur curieux, qu’elle n’est pas revenue à la charge non plus. Ce n’est que partie remise. On arrivera tôt à Chicago et la troisième journée n’en sera pas une de route, mais bien une d’amusement et de découvertes.

Au Microtel d’Elkhart, je suis sorti de la douche en proposant à Cam un artiste de l’Indiana. Aucun groupe musclé ne me venait en tête alors j’ai nommé John Cougar Mellencamp. Elle ne connaissait pas. J’ai commencé par la pièce Jack & Diane. Après 30 secondes, Cam n’en pouvait plus. C’est pourri! J’ai donc essayé Hurts So Good. C’est moins pire mais je pense que tu peux trouver un autre artiste. J’ai abandonné le pauvre John sans oser Pink Houses et Small Town et j’ai demandé à Cam si elle avait une suggestion. Je n’aurais jamais dû. Elle s’est levée et dirigée vers la toilette afin de prendre, à son tour, sa douche. Mais juste avant de refermer la porte, elle m’a regardé avec l’oeil vif et le sourire moqueur de sa mère en me disant ces quelques mots incendiaires: Tu sais qu’Axl Rose est né en Indiana?

Esti que je ne suis pas sorti de l’auberge…

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