Black Friday, sombre société

Lecteur précieux, tu me permets de te raconter comment je me sens aujourd’hui? Ma conscience boxe mon cerveau depuis quelques jours, il faut que j’évacue ça dans les plus brefs délais. Vois-tu, mes multiples contradictions internes s’affrontent violemment et j’ai mal. Puis la société dans laquelle je trempe me décourage au cube, contribue à ma noyade au lieu de s’offrir en bouée.

Hier après-midi, le signal annonçant la fin de la semaine de travail m’a immédiatement donné soif. Sans perdre une seconde, j’ai mis manteau et bottes avec une élégance qui me rappelait le dernier cha-cha-cha de Dubby au Sans Taverne. J’étais heureux. Je pensais à tous ces merveilleux breuvages qui m’attendaient chez Messorem, ma nouvelle amie. Une petite bulle au cerveau a cependant fait disparaître d’un seul claquement de doigts cet état de légèreté et d’allégresse. Idiot je suis parfois…

J’étais sur la route quand l’idée de m’arrêter à ce magasin s’est imposée. J’avais deux trucs à acheter et je me suis dit que j’étais mieux d’y aller tout de suite puisque c’était sur la route et que ça ne me tenterait pas du tout demain. Si bonne conseillère est habituellement la raison, je n’aurais pas dû l’écouter cette fois-ci. Elle m’a dirigé directement en zone de guerre, là où des centaines de zombies hyperactifs déambulaient dans les allées à la recherche d’un trésor quelconque. Très quelconque. La plupart d’entre eux ne cherchaient pas un objet précis ou un bien essentiel, non, ils cherchaient un concept nommé aubaine. Trouver l’aubaine ultime, voilà la mission que ces héros s’étaient donné. Peu importe la forme ou l’utilité, il fallait trouver la bonne affaire, celle qui satisferait leur étrange besoin de réussite ou qui remplirait momentanément un profond vide.

J’aurais dû allumer dans le stationnement que c’était le Black Friday, cette folle invention américaine à saveur capitaliste. Ce n’est qu’à l’intérieur du temple que j’ai réalisé l’ampleur de ma bêtise, quand un vieux crétin à moitié aveugle m’a heurté avec son chariot déjà bien rempli. Je le dévisageais à peine quand une jeune dame m’a demandé, plutôt ordonné, de me tasser puisque je l’empêchais de prendre des friteuses en spécial sur la palette pas rapport au milieu de l’allée. « Qui achète plus d’une friteuse? » me suis-je questionné avant de me faire presque sodomiser par une tringle à rideau un peu trop entreprenante à mon goût, propulsée avec vigueur par un édenté imprudent qui ressemblait à mon chum Guy dans ses mauvaises année de consommation.

Avant d’assommer quelqu’un ou de commettre l’irréparable, je suis parti en courant tel un MA Rush un après-midi de blind date désastreux et j’ai retrouvé avec bonheur le calme rassurant de ma Spektomobile. J’ai écouté la pièce The Final Failure de la formation Abigail Williams et mon âme a repris place dans son enveloppe corporelle.

En me dirigeant vers le Sud-Ouest, je me demandais en vain pourquoi cette célébration américaine était devenue une chasse culte de ce côté-ci de la frontière. Sérieusement, lecteur intellectuel, avoue qu’il manque quelques données dans l’équation, non? Ici, on se fout pas mal de notre Action de Grâce en octobre, mais à la Thanksgiving de nos voisins on se garroche comme des dindes pas de tête pour acheter plein d’affaires dans les nombreux magasins qui participent, sourire en coin, à la mascarade. Pour sauver des sous? Voyons donc, la plupart des frénétiques consommateurs dépenseront tellement pour des futilités que l’économie réelle sera inexistante, voire négative.

En gros, on dépense comme des cons, on consomme de façon irresponsable et on se fout de la planète, tout cela au nom d’une fête qui remercie Dieu d’avoir permis aux premiers colons venus d’Angleterre de s’installer sur le sol américain grâce à des récoltes abondantes. Quelqu’un peut m’expliquer calmement le concept? Je n’ai pas trouvé la réponse de la soirée chez Messorem, ni de la nuit sur la banquette arrière, ni ce matin malgré la superbe luminosité du moment. Je quitte la rue Pitt un peu ébranlé, accompagné de mon nouveau petit bonheur nommé Touche Tombe. Avoue que le hasard fait parfois bien les choses…

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2 commentaires sur “Black Friday, sombre société

  1. C’est tellement rendu « fou » comme vendredi que cette journée ne dure même plus 24h ! On est rendu avec des pré-soldes, une semaine à l’avance, on a aussi des soldes de la veille, et voilà que le vendredi fou se propage jusqu’au 6 décembre ! Mais bon, sachant que le temps des fêtes arrivent à grands pas, les commerces ont su trouver leur petite recette de grand-mère pour se remplir les poches et vider celles de leurs consommateurs ardents, avec cet « événement ».

    Et je suis bien d’accord avec cette partie : « Pour sauver des sous? Voyons donc, la plupart des frénétiques consommateurs dépenseront tellement pour des futilités que l’économie réelle sera inexistante, voire négative. ». Plus les gens économisent de l’argent, plus ils sont tentés de consommer et, au bout du compte, ils auront payé cinq fois le prix de leur budjet initial… J’imagine que la soit disante carte de crédit va venir en back-up pour toutes ces dépenses imprévues.

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